Étudier au cégep avec des incapacités: obstacles et facilitateurs à la réussite scolaire

CollegeClasse.jpg

 

Afin de soutenir la réussite scolaire des étudiants ayant des incapacités physiques ou des troubles d’apprentissage dans les institutions postsecondaires, il est impératif de bien connaître les principaux obstacles et facilitateurs qui favorisent leur succès.
Bien que cette clientèle représente 10% de la population des étudiants au cégep, fort peu de connaissances existent sur leur expérience scolaire globale, ni sur ce qu’il advient des diplômés ayant des incapacités après leur diplomation. Dans le but de remédier à ce manque et de susciter le développement de pratiques institutionnelles visant à répondre aux besoins particuliers de cette clientèle, une équipe de chercheurs dirigée par Catherine Fichten, professeure au Collège Dawson, a entrepris une vaste étude sur la réussite scolaire des cégepiens ayant des incapacités. Cette recherche a permis de découvrir que d’importantes améliorations dans l’environnement du cégep faciliteraient leur réussite scolaire et qu’un soutien accru aux services spécialisés encourageait bon nombre d’entre eux à profiter de cette aide.


Nature des incapacités

Cette recherche s’est déroulée en trois phases entre l’automne 2004 et l’hiver 2005. Les participants étaient composés de 182 diplômés avec incapacités et 1 304 diplômés sans incapacité provenant de trois cégeps (deux francophones et un anglophone), de 57 répondants locaux (conseillers pour les étudiants ayant des incapacités) oeuvrant à titre d’employés dans les cégeps et de 300 étudiants ayant des incapacités inscrits aux services spécialisés à leur cégep.
« Nous avons constaté que les étudiants ayant des incapacités prennent environ une session de plus que leurs pairs sans incapacité pour terminer leurs études collégiales », indique Catherine Fichten. La moitié de ces étudiants étaient inscrits dans un programme d’études préuniversitaires et l’autre moitié dans un programme technique ou professionnel. « La recherche a aussi permis de constater à quel point la nature des incapacités des étudiants inscrits pour recevoir des services spécialisés dans leur cégep a changé au cours des dernières années », précise l’équipe. Aujourd’hui, les incapacités les plus souvent rapportées sont les troubles d’apprentissage et les troubles déficitaires de l’attention, les déficiences motrices, les déficiences auditives, les problèmes médicaux et les troubles psychologiques. De plus, près de 25% des étudiants inscrits aux services spécialisés présentent plus d’une incapacité. « Les déficiences d’une grande partie de ces étudiants ne correspondent plus à la division tripartite du MELS », reconnaît Cathrine Fichten. Cette division traditionnelle porte sur les déficiences visuelles, les déficiences auditives et une catégorie générale non-définie.
Puisque 90% des étudiants ayant des incapacités ne s’inscrivent pas aux services spécialisés, le personnel des cégeps ou le corps enseignant s’est peu adapté à leur réalité. Ce problème place aussi le Québec en tête de liste des provinces où la proportion des étudiants qui ont recours à des services spécialisés est la plus faible, malgré la croissance du nombre d’étudiants aux prises avec des handicaps.


Diminuer les obstacles

« Parmi les principaux facilitateurs à la réussite scolaire rapports par les étudiants ayant des handicaps, l’environnement du cégep était généralement perçu plus important que les facteurs reliés à leur situation personnelle ou aux services de la communauté et du gouvernement », note Catherine Fichten. La disponibilité du matériel de cours sont, entre autres, d’importants facilitateurs d’une expérience collégiale positive.
De façon générale, de bons professeurs, les centres d’apprentissage (aide pour l’étude, l’écriture, la prise d’examen et le tutorat) et la disponibilité des ordinateurs étaient considérés comme d’importants facilitateurs. D’autres éléments comme les amis, les horaires de cours, la facilité et l’attrait des cours et des programmes, une bonne situation financière, une grande motivation et des habiletés pour les études sont aussi considérés comme des soutiens à la réussite scolaire.
Du côté des obstacles, la recherche à relevé que, du point de vue des étudiants, des enseignants peu sensibles aux besoins des élèves handicapés, des cours et des horaires difficiles, l’obligation d’avoir un emploi, des problèmes de transport public, une situation financière difficile, un manque d’accès à l’équipement informatique au cégep et une trop grande charge de cours constituaient, entre autres, les principaux obstacles à la réussite. « Les résultats sur la disponibilité des ordinateurs au cégep et hors campus correspondent aux résultats d’autres études appuyant l’idée que les nouvelles technologies aident beaucoup les étudiants ayant des incapacités », affirme l’équipe de recherche.
« Ces étudiants considèrent que leur mauvais état de santé et l’impact de leurs incapacités posent des obstacles à leur réussite scolaire », affirme Catherine Fichten. Ils suggèrent d’ailleurs des changements à apporter au cégep. Les plus importants portent sur l’amélioration des horaires de cours, la présence de bons professeurs, une plus grande disponibilité des technologies de l’information, du soutien et de l’aide, ainsi que des améliorations à l’environnement physique du cégep. « Il est clair aussi que les étudiants avec des handicaps inscrits aux services spécialisés rapportent une expérience scolaire globale plus facilitante que leurs pairs non inscrits aux services spécialisés », ajoute la chercheure.
Dans la présente étude, les adaptations spécifiques perçues utiles comportaient la possibilité d’avoir un preneur de notes ou un interprète en classe, du temps supplémentaire pour les examens et les travaux, des installations accessibles ainsi que des politiques du MELS et des cégeps permettant aux étudiants ayant des incapacités de réduire leur charge de cours tout en étant considérés comme étudiants à temps plein. « Le temps supplémentaires alloué pour les tâches augmente les résultats scolaires », affirme Catherine Fichten.


Importance de l’accessibilité

« Cette recherche confirme une fois de plus l’importance d’appliquer le modèle de l’accessibilité universelle en pédagogie », affirme Catherine Fichten. Cela implique des stratégies éducationnelles accessibles à tous les étudiants incluant ceux ayant des incapacités.
Par ailleurs, les résultats ont révélé de sérieux problèmes de financement des services spécialisés. Les cégeps ne reçoivent du financement que pour le tiers des étudiants inscrits à ces services et certains sont contraints d’inscrire des étudiants sur des listes d’attente.
De plus, la tendance à long terme montre que la clientèle émergente d’étudiants présentant des troubles d’apprentissage et des problèmes médicaux et psychologiques augmente substantiellement. Or, il y a moins d’étudiants ayant des incapacités inscrits dans les cégeps au Québec comparativement aux autres provinces. Afin d’inciter ces étudiants à poursuivre leurs études collégiales, les chercheurs considèrent qu’une plus grande visibilité des services spécialisés et des adaptations devra être déployée.

 



Source: MAGINI, Fanny et SÉVIGNY, Benoit (sous la direction de). Étudier au cégep avec des incapacités: obstacles et facilitateurs à la réussite scolaire, Revue Recherches Innovations, Fonds québécois de la recherche sur la socitété et la culture, volume 4, pages 15 et 16, 2008.

 

Retour aux nouvelles