Adopter un enfant handicapé

Nous vous invitons à lire les deux articles suivants, parus dans Le Soleil de Québec. Le premier porte sur Emmanuel, une organisation vouée à l'adoption d'enfants handicapés et le second sur le témoignage d'une famille pas comme les autres.


Emmanuel et ses enfants différents
AFP
Stéphanie Martin - 12 avril 2009
Le Soleil
 

(Québec) «La population québécoise igno­re en général que de jeunes enfants sont en situation d'abandon», dit Catherine Desrosiers. Nés d'une mère toxicomane ou alcoolique, grands prématurés ou poupons «brassés», ils sont des dizaines d'enfants «hypothéqués» qui attendent qu'une famille adoptive ouvre son coeur pour eux.

Soit ils ont été abandonnés par leurs parents, soit ils ont été signalés au Directeur de la protection de la jeunesse et se retrouvent dans la banque mixte. «Ce sont des enfants pour lesquels on ne peut pas savoir quel est le pronostic futur», précise la directrice de l'association Emmanuel, un organisme provincial, le seul qui favorise l'adoption d'enfants québécois ayant des besoins particuliers. «Ce qu'on retrouve principalement, ce sont des problèmes d'apprentissage, de comportement, d'hyperactivité, de troubles d'attention. Il y a certains enfants qui sont de petits miracles, qui n'ont rien du tout, mais il y en a d'autres qui sont très hypothéqués.»

Quand la banque mixte ne suffit pas, les services sociaux font appel à l'association Emmanuel, dit Mme Desrosiers. Généralement pour des cas très clairs d'adoption, où les enfants n'ont plus de contacts avec les parents biologiques. L'association se tourne alors vers sa propre liste de familles adoptives. 

En 2008-2009, 23 demandes issues des centres jeunesse de la province sont parvenues jusqu'à Emmanuel. De ce nombre, 11 ont mené à un jumelage entre un enfant et une famille. Depuis sa fondation en 1987, l'association a permis l'adoption de 200 bambins.


Manque de familles

Mais il manque de familles pour répondre aux besoins, déplore Catherine Desrosiers. «Il y a encore des bébés pour lesquels on ne trouve pas de famille, illustre-t-elle. Il y a encore de la place pour des nouveaux parents [adoptifs].» Cela est peut-être attribuable au manque d'information, croit-elle.

Si l'adoption d'enfants aux besoins particuliers ne convient pas à tous les parents qui s'engagent dans une démarche d'adoption, il existe des familles prêtes à les accepter tels qu'ils sont et à les accompagner dans leur cheminement, avec leurs forces et leurs faiblesses, parie Mme Desrosiers.

Ce sont généralement des couples qui ont déjà des enfants et qui veulent adopter au Québec, qui ont une bonne estime et une belle relation, et, ce qui aide, qui ont déjà eu des contacts avec des enfants ayant des handicaps physiques, intellectuels ou sociaux.

Il faut être conscient que les difficultés et les défis peuvent être nombreux, rappelle Mme Desrosiers, mais que des avantages existent aussi. «Ce sont des enfants qui ont leur place dans la société et qui apportent beaucoup à leur entourage.»

De l'aide en cours de route

D'ailleurs, les familles qui font appel à Emmanuel ne sont pas laissées à elles-mêmes, assure-t-elle. L'association offre un suivi pré et postadoption pour les couples qui s'engagent sur cette route. Car on estime qu'entre 40 % et 50 % d'entre eux abandonnent en chemin parce qu'ils ne se sentent pas soutenus ou accompagnés.

L'association a ainsi mis sur pied un programme d'aide nommé Gestance afin de former un ou plusieurs groupes de personnes désireuses d'adopter un enfant avec des besoins particuliers. À travers une série de rencontres, entre autres avec des parents ayant déjà adopté, on y réfléchit à cette forme d'accueil.

Emmanuel est basé à Drummondville, mais l'association tient une activité d'information la fin de semaine prochaine, le 18  avril, à Québec. Les couples intéressés à y participer, pour démystifier l'adoption d'enfants handicapés ou simplement orienter leur choix, peuvent communiquer avec l'association au 819 395-4889. Vous pouvez également visiter le site Internet au http://www.emmanuel.qc.ca/.

 


Les Lizotte-Leblanc, une famille un brin spéciale


Stéphanie Martin - 12 avril 2009
Le Soleil

(Québec) À première vue, les Lizotte-LeBlanc ont tout d'une famille conventionnelle. Mais quand on y regarde de plus près, on se ravise. Il y a 10 ans, le couple a choisi d'adopter un enfant handicapé. Puis un autre, deux ans plus tard.

C'est ainsi que François et Marie-Rose, aujourd'hui âgés de neuf et sept ans, sont entrés dans la vie de Dominique Lizotte et de Gilles LeBlanc. La famille compte un cinquième membre, Bruno, trois ans, un enfant dit «normal», lui aussi adopté.

C'est un coup de foudre qui a frappé Dominique, il y a plusieurs années, alors qu'elle a rencontré une famille française qui avait adopté un enfant trisomique. Un «appel» qu'elle a voulu transmettre à son mari, qui était «ouvert à l'idée».

De fil en aiguille, par l'entremise de l'association Emmanuel, ils ont officialisé leur démarche. En 2000, un coup de fil leur annonce qu'un petit garçon les attend. Il a cinq semaines. Le pronostic est lourd : il aura une déficience intellectuelle de sévère à profonde et risque d'être sourd, de ne jamais parler, ni être propre. Sa mère, monoparentale, ne se considère pas apte à s'en occuper et abdique ses droits parentaux.


En l'espace de quelques jours, Dominique et Gilles font une place à François. Et annoncent à leur famille qu'ils sont dé­sormais parents d'un enfant handicapé. Mais un petit miracle survient. Déjouant tous les pronostics, François se développe normalement. «Les médecins se sont trompés. Il n'a rien du tout! Pour nous, c'est un cadeau extraordinaire», s'exclame Dominique.

Une petite soeur

Mais leur désir d'accueillir un poupon différent était toujours fort. Avant l'arrivée de Marie-Rose, ils ont eu une fin de semaine pour se préparer. «François était à la garderie pendant la journée et, le soir, il avait une petite soeur!» racontent les parents. Cette fois-ci, le diagnostic est clair : Marie-Rose est trisomique. Ses parents biologiques, incapables de l'accepter, l'ont abandonnée.

Oui, la réalité avec un bébé handicapé est parfois difficile, admettent Domini­que et Gilles. Les boires laborieux, les rhumes à répétition et les nombreuses visites chez le physiothérapeute, l'ergothérapeute et l'orthophoniste font partie du quotidien.

Mais l'adoption d'un enfant ayant des besoins particuliers a d'abord été pour eux la possibilité de bâtir une famille. Avec l'avantage d'un processus rapide et du fait que les poupons leur ont été confiés pratiquement dès la naissance. Pour eux, les limitations sont secondaires. «On les accepte. [...] Je ne m'attends pas à ce que  Marie-Rose finisse son secondaire V, mais j'aimerais qu'elle sache lire et écrire», philosophe son père.

Ce sont les obstacles sociaux qui sont plus difficiles à avaler pour le couple, qui déplore que seuls 10 % des enfants trisomiques sont intégrés dans les classes régulières à l'école. «Ce n'est pas normal! Ils vivent dans la même société que nous. L'intégration est importante», lance Dominique.


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